Le vote pour la désignation des candidats aux législatives aura finalement lieu à Champagne, salle Marcel Pagnol rue Fleming de 17h à 22h.

La proximité du bureau par rapport à notre section doit permettre un vote massif de nous tous afin de porter haut la candidature de Patricia. Comme nous avons pu le voir lors du débat entre les deux candidates, Patricia apparait comme la plus à même pour défendre l’intérêt des habitants de notre circonscription tant sur sa motivation , son dynamisme que sur la connaissance des dossiers. Autant d’arguments nécessaires pour affronter M Jégo lors de cette élection!

Nous devons nous mobiliser un maximun autour de cette candidature, chaque vote comptera jeudi soir!

Nous comptons sur vous

l’équipe de la campagne présidentielle

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Réussir la transition énergétique

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Le rôle de la politique, ce n’est pas de faire peur pour ne rien changer, c’est de changer pour vaincre la peur. Ce n’est pas de prolonger le passé, c’est d’engager le futur.
Après le drame de Fukushima, tandis que les réserves de pétrole s’amenuisent et que nous avons l’obligation écologique de réduire nos consommations de CO2, la France doit réussir la transition énergétique. Avec lucidité et volonté. Il s’agit de sortir progressivement du tout-pétrole pour les transports et du tout-nucléaire pour l’électricité.

Je veux préparer cette transition autour de quatre principes: l’indépendance, la sécurité, l’emploi et le pouvoir d’achat. Elle n’est pas seulement une nécessité pour le développement durable ou une protection par rapport aux risques. C’est surtout, si nous savons la saisir, une opportunité économique.

Mon premier objectif est donc la diversification de nos sources d’énergie. Depuis le choc pétrolier en 1973, la France a installé un important parc électronucléaire. Nous connaissons les atouts de cette technologie, l’excellence de notre industrie, le potentiel qu’elle représente et le savoir faire des salariés de ce secteur. Mais ce modèle doit désormais se moderniser et s’adapter. Les centrales lancées à la fin des années 1970 seront en fin de vie dans les quinze prochaines années. Des investissements importants devront y être consacrés pour éventuellement les prolonger, sachant que les exigences en matière de sécurité en élèveront le coût, sans oublier la question lancinante du stockage des déchets.

Parallèlement, si nous ne faisons rien, notre retard en matière d’énergies renouvelables s’accentuera, d’autant que la politique chaotique du gouvernement depuis cinq ans a encore aggravé notre écart de performance avec nos pays voisins, notamment l’Allemagne (230 000 emplois contre 40 000 en France). Et les difficultés d’Areva, provoquées par un affaiblissement financier, voire un démantèlement organisé par le pouvoir, ont nui à l’investissement dans les énergies nouvelles.

C’est pourquoi je porte, à l’occasion de l’élection présidentielle, un scénario volontariste et pragmatique. Il consiste à réduire à l’horizon 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% et de faire monter celle des énergies renouvelables, tout en maîtrisant notre consommation.

Cette mutation prendra du temps – trois quinquennats – et supposera des étapes d’évaluation en fonction des progrès de la science et des prix relatifs de chaque source d’énergie. L’industrie nucléaire, loin d’être affaiblie, sera à plusieurs titres sollicitée, et donc renforcée. Elle aura à intervenir sur les centrales les plus anciennes, à être exemplaire en matière de démantèlement et à poursuivre les recherches sur les énergies de demain, tout en garantissant la sécurité absolue de chaque site de production.

Pour le prochain quinquennat, je prends quatre engagements en cohérence avec cette perspective: la plus ancienne de nos centrales – Fessenheim – sera arrêtée; le chantier de Flamanville – avec le nouveau réacteur EPR – sera conduit à son terme; le système de retraitement des déchets et la filière qui l’accompagne seront préservés; aucune autre centrale ne sera lancée durant ce mandat.

Par ailleurs, j’engagerai une politique cohérente de montée du renouvelable: solaire, éolien terrestre et maritime, biomasse… Des incitations fiscales pour la consommation comme pour la production contribueront au développement d’une industrie innovante et créatrice d’emplois, dont le CEA et Areva seront les fers de lance.

Mon second objectif est de promouvoir une société de sobriété énergétique.

La priorité sera d’agir sur le bâti, qui absorbe près de 40% de la consommation d’énergie. La rénovation thermique aura, en outre, l’avantage de préserver le pouvoir d’achat des Français et d’offrir un gisement d’emplois considérable: plus de 150 000 d’ici à 2020. Là encore, des actions importantes sont à mener pour améliorer notre efficacité énergétique: généralisation des appareils de faible consommation, diminution des pertes en ligne, stockage de l’électricité.

Quant au prix de l’énergie, la vérité oblige à dire que, quel que soit le scénario autour de la part du nucléaire, il aura tendance à s’élever en raison du renchérissement des énergies fossiles et de l’ampleur des investissements à engager sur les centrales comme sur les énergies renouvelables.

C’est pourquoi je propose des mesures de protection des consommateurs avec un tarif de base pour l’essentiel et un tarif progressif pour le confort. De même, la maîtrise de la facture énergétique est indispensable à la préservation de la compétitivité de nos entreprises.
Réussir cette transition est donc un impératif économique, social et écologique. Elle suppose l’affirmation d’une politique industrielle et la préservation d’un pôle public de l’énergie, aujourd’hui malmené.

C’est le choix de l’avenir et celui de la responsabilité. Il évite un statu quo forcément dépassé et une sortie irréaliste du nucléaire. Il appelle, aussi, une conception élevée de la démocratie. C’est pourquoi j’ouvrirai, au lendemain de l’élection présidentielle, si les Français m’accordent leur confiance, un grand débat sur l’énergie en France associant largement les acteurs et les citoyens, dont le Parlement fixera la conclusion par le vote d’une loi de programmation de la transition énergétique.

Ce débat mérite mieux que la caricature, l’outrance, l’aveuglement, voire le mensonge. Je suis convaincu que les Français se rassembleront davantage sur cette stratégie équilibrée, ambitieuse et protectrice que sur la défense de schémas périmés ou incantatoires.

Préparer l’avenir, c’est l’enjeu de l’élection présidentielle.
Frtançois hollande
source Le Monde

Copé : le piranha de Sa Majesté.

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18 Novembre 2011 Par Max Angel MEDIAPART
Je me suis forcé à regarder l’émission de France 2, « Des paroles et des actes », hier soir, où pendant deux heures, l’on a servi la soupe à J-F Copé, en très grande forme.

Comme à son habitude, sans surprise, on a retrouvé ses tics, son arrogance, sa rouerie, son œil clair et ses mensonges la main sur le cœur et la « vérité à la bouche ». En fin gourmet, il a roulé le vieux Jack Lang, toujours plus caricature de lui-même, dans la farine, et interrompu en parlant d’autre chose un J-L Mélenchon auquel l’on avait recommandé de ne surtout pas s’énerver et qui arriva, difficilement, à faire passer sa musique et quelques-unes de ses analyses et propositions.

Si François Lefebvre a un côté pitbull, si Morano ferait penser à un loulou de Poméranie, Copé, lui, c’est plutôt le piranha.

Or, avec un tel animal, on ne discute pas. Quand on l’a ferré, on le tue vite fait à coups de barre de fer avant d’en retirer l’hameçon, sinon on y laisse un doigt. C’est sans doute ce que redoutaient les deux autres invitées, Eva Joly et Marine Le Pen qui ne sont pas venues se frotter au plus récent et au plus fidèle des sarkosystes qui ne pense qu’à 2017 où il se voit déjà en fondé de pouvoir de la finance, « au nom de la France, bien sûr, qu’il aime et qu’il adore ».

Cet homme « d’une probité irréprochable », d’une « honnêteté » au-dessus de la moyenne, d’une « fidélité à ses amis » digne de l’Antique, (un peu agacé de la photo avec Takieddine qui date de 10 ans) et qu’il attendait, bien entendu, admire le courage de Nicolas Ier, « notre capitaine de navire dans la tempête », notre habituel « sauveur » et qui a fait que la France résisterait mieux que n’importe quel autre pays in the world.

Qu’on ne lui parle pas des « cadeaux et autres niches fiscales » accordés aux riches. Même l’amendement qui porte son nom, est une incongruité de langage qu’il balaie d’un revers de main. On s’est bien gardé de lui envoyer dans les gencives, le refus des députés UMP de réduire leurs émoluments de 10%, de lui rappeler, lorsqu’il est entré à l’Elysée, l’augmentation des revenus du Président de 170%, de sa frénésie de déplacements en France et dans le monde qui coûte une fortune colossale au budget de l’Etat.

L’on n’a même pas parlé de la guerre en Libye qui a permis à Bolloré de reconstruire le port de Misrata et à Total qui ne paie quasiment pas d’impôts en France de mieux s’implanter. Non ! En ce moment, le piranha est friand de nucléaire gratiné au fromage de Hollande avec de la verdure autour.

La diminution de notre parc de centrales nucléaires serait « une catastrophe pour la France », pour les français, pour l’emploi. Les sociétés qui ont bénéficié des largesses de l’Etat, comme l’automobile, les banques ou la restauration licencient pour maintenir les dividendes de leurs actionnaires le plus haut possible ? Bagatelle ! Le nucléaire vous dis-je !

Copé est le génial inventeur de la centrale éternelle. Même le vieillissement du parc ne l’intéresse pas. Les énergies renouvelables créeront plus de 350 000 emplois ? Rien à cirer ! Des centrales en moins ce serait, selon lui, 40 000 emplois en l’air. Sans doute croit-il que démanteler une centrale se fait en fermant un bouton et que l’on sait quoi faire des déchets.

On a compris qu’il était financé par Areva, merci, et que l’avenir de l’humanité, il n’en avait rien à cirer. Son objectif : 2017. Point final.

Un seul moment a été quelque peu excitant, c’est lorsqu’ au bout de deux heures Franz -Olivier Giesbert, l’a contré en parlant comme lui, en l’interrompant comme il interrompt ses interlocuteurs, en l’acculant dans un coin du ring pour l’obliger à répondre à une question et que le piranha y a laissé quelques dents. Quoi ! On ose me parler à moi comme je parle aux autres ?

Depuis que la droite est au pouvoir, la France rame, si Jean-François est élu, elle ramera et « écopera ».

Quant à la droitisation de l’UMP qui tente de piquer des voix au FN comme l’a si bien démontré Marine Turchi de Médiapart, « non mais vous n’avez pas compris que bien au contraire, l’UMP est le garant que les idées de l’extrême droite ne se répandront point sur notre pays ».

Première qualité d’un candidat à la présidentielle : le mensonge, le regard droit dans l’objectif de la caméra. Il la possède indubitablement.

Enquête de Mediapart sur les primaires du PS

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Sur 3052 réponses (certains lecteurs peuvent s’être classés dans plusieurs catégories d’électeurs mais ils n’ont donné qu’une seule réponse sur leur éventuelle participation au scrutin), vous êtes 70% à vouloir voter à la primaire. Cela donne plus d’indication sur la sensibilité des lecteurs de Mediapart que sur la probabilité d’un succès de la consultation mais un autre élément laisse penser que cette participation pourrait être forte: la mobilisation d’un électorat de gauche non-socialiste.

Car cette primaire suscite une curiosité chez nombre de nos lecteurs qui ne votent pas systématiquement socialiste comme chez les électeurs socialistes non encartés. Si cette proportion se reproduisait lors de la primaire, le résultat pourrait différer largement de ce que prédisent les sondages (Hollande en tête, suivi d’Aubry) pour laisser une chance aux outsiders.

Et pour qui veulent voter ceux des lecteurs de Mediapart qui se disent déterminés à participer? Le résultat est là encore bien différent du paysage esquissé par les sondages. Surprise… surprise: Arnaud Montebourg surgit largement en tête. 169 personnes ont affirmé vouloir voter pour lui. Ségolène Royal arrive en deuxième position avec 88 lecteurs-électeurs. Martine Aubry lui emboîte le pas (80 partisans déclarés) puis François Hollande est quatrième (66 soutiens). Enfin, il y a deux disparus: Manuel Valls, (2 lecteurs-électeurs) et Jean-Michel Baylet pour qui c’est la Fanny (0 intention de vote)!

Nous sommes chez les lecteurs de Mediapart et pas dans les panels des sondages. Vous n’aimez guère les instituts de sondage, « outils au service de la droite », selon plusieurs lecteurs. Seulement voilà: les sondages sont décriés, vilipendés, déchirés mais aussi redoutés. Souvent, les lecteurs dénoncent cette « prophétie auto-réalisatrice », entendent les contrer mais finalement… les intègrent à leurs calculs et à leurs complexes manœuvres tactiques!

Voilà donc pour les chiffres, pourcentages et classements avec, insistons encore, toutes les limites énoncées ci-dessus. Venons-en maintenant à vos commentaires. Et d’abord, pourquoi êtes-vous si nombreux à vouloir participer à la primaire?

« Choisir ». Roland dit en un mot pourquoi il veut participer. D’autres préfèrent le terme « éliminer », éliminer celui ou celle qu’ils identifient comme le candidat-catastrophe. Mais la plupart voient dans ce scrutin une avancée, « un progrès pour la démocratie interne au PS et pour la démocratie tout court ».

Vous êtes une large majorité à voir dans cette primaire l’occasion d’infléchir la ligne du PS vers la gauche, ou encore de créer une dynamique qui dépasse le parti. Mais une autre cause apparaît comme un impératif absolu: « Faire partir Sarkozy ». « Il faut faire de ce moment un premier avertissement à Sarkozy», écrit Bernardo. Les primaires sont le moyen de pousser un peu plus fort le président vers la sortie. Le « vote utile » est souvent dégainé. « Manifester son hostilité à la politique de Sarkozy » relève même du « devoir civique », pour M. Lagache.

« Il me semble que le candidat sortant de la primaire porté par un, voire deux ou trois millions de voix aura créé une dynamique qui permettra de nous débarrasser de l’hôte actuel de l’Elysée qui aura tant fait de mal à la France quand viendra l’heure du bilan », affirme Pithecanthrope, électeur occasionnel du PS.

Si les objectifs sont amplement partagés, les moyens d’y arriver, en revanche, divisent. Battre Sarkozy ou/et peser à gauche, chacun a sa méthode, et sa propre définition de ce qu’est la gauche. Voici quelques extraits:

« J’ai voté à la primaire écolo, je vote aussi à celle-là. Plus la gauche donne la parole à ses électeurs (je ne suis pas -- encore -- militant), plus elle se distingue de la droite, autoritaire et caporaliste par nature. » Paul Galiana, électeur occasionnel du PS.

« La démocratie, c’est la possibilité de s’exprimer donc autant profiter de toutes les occasion. De plus, cette consultation aura d’autant plus de valeur qu’il y aura de votants. Le vainqueur n’en sera que plus légitime face à l’opinion ». Gege92, électeur occasionnel du PS.

« Participer à ces primaires est pour moi une action civique aussi déterminante que le vote aux élections qui permet à tout citoyen de « choisir ses représentants ». Femme de gauche et n’ayant jamais raté une élection, j’estime de mon devoir d’encourager, par ma participation, le Parti socialiste dans cette opération, pourvu qu’elle se déroule en toute transparence et dans la sérénité (suis-je trop optimiste?) ». Mme BA, électrice habituelle du PS.

Certains sont nettement moins enthousiastes. La primaire est une erreur, un « simulacre de démocratie » potentiellement néfaste au PS, à la gauche et à la France… Pour d’autres, tout est joué d’avance, la primaire est une « mascarade », « les dés sont pipés ». Quant à peser sur la ligne du PS, «il n’est plus à gauche depuis longtemps». Extraits:

« Tel qu’elles sont organisées, ces primaires participent à fond à la présidentialisation des institutions. Elles vont à l’encontre d’une recherche de nouvelles pratiques dans l’exercice de la démocratie. Or la pratique de la démocratie est au coeur des problèmes d’aujourd’hui: pouvoir de l’argent, affaiblissement des représentations politiques, inégalités, destruction du patrimoine public, corruption… » Nisaba, électrice occasionnelle du PS.

« On sombre dans l’américanisation de la vie politique française. Si le PS est un parti, il lui revient et à lui seul, de déterminer le programme et le candidat. Le seul scrutin qui vaille c’est celui du suffrage universel républicain pas des primaires qui ne seront de toute façon qu’un sondage manipulé par les réseaux et courants du PS appuyé par les médias au service de la « spectacularisation » de la vie politique. Ca relève plus du casting de la Star’Ac. Ce n’est vraiment pas la tradition républicaine ». Arnold Stassinet, électeur occasionnel PS, ne participera pas à la primaire.

Pour ceux-là, pas question d’aller voter, c’est la grosse colère:

« J’habite dans les Bouches-du-Rhône! »: c’est la raison pour laquelle Thierry ne participera pas à la primaire. Outre l’affaire Guérini, les lecteurs de Médiapart ne souhaitant pas participer à la primaire expliquent, en majorité, qu’ils n’accordent plus aucun crédit à un PS qu’ils critiquent vivement : un parti « tiède », « vaguement à gauche », incapable de tenir son rôle d’opposition au gouvernement et de proposer une vraie alternative au système actuel.

Quand il s’agit d’expliquer les raisons pour lesquelles JMG ne participera pas, il répond seulement: « Je suis de gauche ». Et Anne : « Parce je ne suis pas de droite ».

« Je voterai Mélenchon aux élections. Si je votais à cette primaire, ce serait pour Montebourg mais je ne vais pas faire l’effort de participer à une primaire d’un parti qui ne fiche rien depuis des années », écrit edg, un électeur de gauche votant occasionnellement PS.

« Le PS ne représente pas fondamentalement une autre politique que celles pratiquées depuis 1983(…) A t’il fait son temps? En tout cas je ne vais pas me livrer à quelque chose (les primaires) qui d’une façon ou d’une autre conforte ce parti. Il y a vraiment mieux à faire dans la grave situation actuelle», dit Gégé, électeur de gauche votant occasionnellement socialiste.

« Pour être « gérant loyal du capitalisme », spécialement dans l’époque en cours,il faut être crétin corrompu mais pas socialiste: nous sommes orphelins d’une vrai gauche, responsable. Non, ce ramassis mondain d’intrigants immatures ne nous proposera pas une alternative cohérente, par manque d’envergure et d’ambition historique», ajoute le bienommé Désillusionné, électeur occasionnellement socialiste.

« Le PS, ce parti libéral et conservateur, a déserté l’intérêt général, la justice sociale, comme la défense des classes modestes et moyennes pour se rapprocher de l’idéologie de la finance et des nantis; donne t-il seulement encore envie qu’on s’intéresse à ses candidats? », dit Koszayr, électeur de gauche occasionnellement socialiste.

«Pas de projet politique, que des conflits de personnes. Hollande n’a rien fait pour redonner la parole et proposer un projet après 2002. Royal n’a rien de socialiste quand elle veut mettre l’armée dans les écoles. Parti où fleure bon la corruption et qui n’est pas capable de nettoyer les écuries ( Guérini!!!) Aubry très ambigüe sur ces réelles intentions ….et donc peu crédible. Les autres ne s’intéressent qu’à leur petite personne »: Yolande.
« Je me demande jusqu’à quel point ce ne sera pas truqué »
L’organisation même de la primaire crée de la méfiance:

« J’ai cru comprendre qu’il fallait payer pour pouvoir voter », rappelle Gavius Garra (oui, 1 euro), électeur occasionnel PS et qui hésite à participer.

Jean-Marie M., électeur habituel du PS, ne compte pas cette fois voter socialiste dès le premier tour des présidentielles. Il craint d’être étiqueté socialiste en participant, aussi a-t-il renoncé : « Habitant un petit village UMP du centre Var, je serais catalogué gauchiste par ma mairie alors que je veux que mon vote reste secret. Et puis ces primaires n’en sont pas au sens où les Verts, le PC, etc. ne sont pas représentés, il ne s’agit donc pas d’un premier tour entre nous, pour éviter le pire, mais bien de la primaire d’un parti. »

Même problème aux yeux d’Olivier, de Corbeil, électeur de gauche votant occasionnellement PS : « Je ne participerai pas à une entreprise qui à mes yeux viole le secret du vote, surtout qu’il y a belle lurette que je ne fais plus confiance au parti socialiste et ses caciques éléphants. Aubry, Hollande, Royal non, merci !!! »

Julie, électrice occasionnelle PS, participera pour « essayer d’éviter le désastre de la désignation Royal de 2007 ». Dom, électeur habituel du PS, souhaite lui aussi prendre sa revanche : « Pour une fois que j’ai l’occasion de donner mon avis sur le choix du candidat je ne la laisserai pas passer. J’ai été trop dépitée en 2007 lorsque les socialistes ont voté Ségolène Royal parce que les sondages la donnait vainqueur contre Sarkozy ».

Un autre, anonyme, raconte au contraire avoir « été adhérent à 20 euros pour choisir Ségolène Royal en 2006» et se félicite aujourd’hui de ce système : « C’est nous qui sommes acteurs de la désignation et non un « appareil » ».

Merline, électrice habituelle du PS, est trop « dégoûtée » pour participer : « J’ai été deux ans membre du PS de 2007 à 2009, et j’ai activement participé à la campagne présidentielle, de tout coeur avec Ségolène Royal. Présente au congrès de Reims, j’ai été dégoutée de ce que j’y ai vu, quant à la suite…Alors, non merci. »

Seniorjo, adhérente du PS, participera à la primaire, mais prévient : « Je suis entrée au PS en 2007 et j’ai pu assister au massacre du congrès de Reims. Je me suis également rendue compte que les pseudos consultations des militants n’étaient que des chambres d’enregistrement. Ces primaires, même si elles sont imparfaites, me donnent le choix entre 6 candidats et je ne vais pas bouder ce choix démocratique. Maintenant il va de soi que si ces élections étaient entachées par une fraude quelconque, je quitterai le PS sur le champ. »

Une lectrice de Caen va plus loin: elle entend « voter pour essayer de contrer d’éventuelles fraudes». Elle veut rappeler que « Martine Aubry n’avait pas été élue à la tête du PS». Un autre électeur habituel du PS, anonyme: « J’aimerais croire que ce choix est important, mais depuis l’ « élection » de M.Aubry, je me demande jusqu’à quel point ce ne sera pas truqué.»

Un ancien militant du PS, aujourd’hui soutien de Jean-Luc Mélenchon, a décidé de ne surtout pas participer : « Le congrès de Reims aura achevé le dégoût et la nausée que ces gens peuvent me susciter. Petites et grosses magouilles, voire petits meurtres, pour arriver à leurs fins : pouvoir et argent. Plus aucun sens des idées et des valeurs et surtout, de l’intérêt général … »

Les guerres d’égos et le « lâchage » de Ségolène Royal par les éléphants du parti en 2007 incitent à la méfiance :

« Cette méthode devrait permettre, enfin je l’espère, une moins mauvaise cohésion du PS derrière le candidat et de ne pas recommencer ce qui s’est passé en 2007 avec Ségolène Royal », écrit La conchita du 83, électrice habituelle du PS.

« Bien que socialiste en plus d’être écologiste, je ne souhaite pas soutenir leur guéguerre d’égos. Ces primaires ressemblent à de vieilles recettes extirpées de la cave pour donner un coup de « neuf » à un parti vieillissant et hors du coup. Je crois aussi qu’en 2007, la primaire socialiste a fait énormément de mal à Ségolène Royal. Ici encore, le gagnant en sortira affaibli », dit Sherkan, électeur habituel du PS

Il vaudrait mieux « laver son linge sale en famille », prévient-on dans des réponses adressées à Médiapart. Sylvie G. ne participera pas : « En effet pourquoi un parti a-t-il besoin de quidam pour désigner son candidat? Seul le vote des militants peut avoir une valeur, ils sont les seuls à bien connaitre les différents candidats et au final c’est un programme qu’il faut choisir et non un(e) candidat(e). »

Cette ouverture est souvent interprétée comme un symptôme, celui d’une carence de programme au PS :

« Le système des primaires ouvertes à tous est totalement incohérent. Ce vote apporte la preuve que le PS est en pleine déliquescence et qu’aucune force interne n’est capable de décider d’un programme propre au parti », affirme Herr Etik.

« Ce processus apparait indispensable du fait qu’il n’y a pas un leader incontestable. Le « choix » DSK n’était qu’une conséquence des sondages et ne correspondait pas vraiment à une démarche politique», assure Aristide, électeur de gauche votant occasionnellement PS. Mais il doute : « J’ai la crainte qu’après le résultat des primaires certains candidats (Ségolène Royal en particulier) se lance dans la campagne présidentielle en dehors de l’investiture. »

Marc Andrault, électeur habituel du PS, ne participera pas aux primaires: « Les primaires divisent, donc affaiblissent le parti et accroissent les chances de victoire de la droite. La campagne montre que, comme en 2007, les candidats préfèrent voir gagner Sarkozy qu’un de leurs concurrents. Je n’ai pas envie de signer mon adhésion à des valeurs que leur attitude contredit : les uns cumulent les mandats électifs ; d’autres ou les mêmes couvrent les turpitudes de Guérini (et naguère de Frêche) ; ils ont approuvé la candidature de Lagarde au FMI, prétendent que DSK est innocent (ce que même ses avocats ne soutiennent plus) ; tous persistent à prendre comme modèle Mitterrand. Si en avril et mai je vote pour le candidat du PS, ce sera en désespoir de cause. »
L’affaire Strauss-Kahn
La droite à la manœuvre?

Même si le PS peut à lui seul faire tourner la primaire à la catastrophe, Nik20, un électeur de gauche, a « peur que l’UMP mobilise ses troupes, par exemple pour faire choisir S. Royal ! ce qui ne déplairait pas à Sarko ».

Dominique, un électeur occasionnel PS, partage cette appréhension, avec une petite variante, ce n’est plus Royal mais Montebourg qui serait la marionnette de l’UMP : « Une mobilisation massive de la droite pour que, au hasard parmi les « petits » candidats, A.Montebourg soit le candidat choisi, justement parce qu’il n’a aucune chance de passer le second tour de la présidentielle.»

Ce-at, lui aussi de gauche, met en garde contre une « vampirisation de la droite ». Dans son scénario, la droite profite des primaires ouvertes pour« y imposer sa solution » : « première option (par ordre de priorité): voter pour S. Royal pour la « balayer » comme en 2007, autrement dit choisir la plus faible pour s’assurer la réélection de leur candidat. Deuxième option, envisager une alternative avec un candidat PS qui puisse faire à peu de choses près leur politique du désastre, ce fut un temps DSK (…), rôle qui revient désormais à Hollande.»

François, électeur occasionnel socialiste, a « discuté avec deux d’entre eux » (des sympathisants UMP), et il croit avoir deviné leur plan : ils ne tenteront pas de faire élire un adversaire facile à battre mais plutôt un candidat dont ils s’accommoderaient en cas d’alternance : Hollande, selon lui. « Même si je suis contre ce vote, j’irai donc glisser mon bulletin dans l’urne pour faire contrepoids »… en votant Aubry.

© L.B

L’affaire DSK et sa gestion par le PS en dissuade plus d’un de participer à la primaire.

« L’affaire DSK a jeté un discrédit sur le PS y compris sur Martine Aubry, que j’aurais soutenue si elle avait eu une autre attitude dans cette affaire», écrit Mclaude Flous, électeur de gauche votant occasionnellement socialiste.

Elisa, électrice de gauche votant occasionnellement socialiste, hésite : « Je ne participerai à ce choix que si l’on me garantit la sincérité des candidats. Et primordial aujourd’hui pour moi, en dehors évidemment d’un vrai programme de gauche, c’est l’attitude qu’aura chaque candidat devant l’affaire DSK. Et surtout comment celui-ci sera accueilli. Je ne pourrai décemment pas voter pour un candidat serrant la main de cet homme. »

Olympe est de gauche, plus à gauche que le PS, votera socialiste « au deuxième tour (de la présidentielle) sans doute » mais elle serait prête à tout annuler s’il revient : « Il y a une chose qui me ferait m’abstenir de façon rédhibitoire : ce serait le retour annoncé de Strauss Kahn dans un quelconque rôle politique. Il y a un moment où le mensonge et le copinage doivent cesser, au profit d’une éthique politique. »

Et ensuite, quelle alliance avec le reste de la gauche?
Pour les électeurs qui ne sont pas socialistes, les motivations et les stratégies varient, plus ou moins optimistes, alambiquées, pragmatiques…

Il y a ceux, comme Jean-Claude Laveron, qui s’abstiendront de participer par loyauté envers leur candidat du premier tour des présidentielles : « Je soutiens le candidat de Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, je veux aussi me placer dans la perspective de sa présence au second tour. Si je votais à ces primaires, je le dis clairement, ce serait pour Martine Aubry qui dispose toujours d’une certaine crédibilité à gauche (…) Je ne veux par contre, pas tomber dans le piège de participer à la désignation de Martine Aubry, trop susceptible de concurrencer Jean-Luc Mélenchon auprès d’un certain nombre d’ électeurs indécis du premier tour, sans pour cela tomber dans le machiavélisme qui consisterait à soutenir à l’encontre de toutes mes idées, François Hollande».
ontebourg : favori et… donné perdant
Mais Colza, lui aussi électeur de Mélenchon, suit une stratégie différente: « Le réalisme me porte à tenter d’influer sur la désignation du candidat PS que je trouve le moins déplorable, au cas où l’un d’entre eux serait au deuxième tour de l’élection présidentielle. Pour moi, ce sera Royal ou Montebourg, sinon abstention. Le fond de ma pensée, c’est que voter PS sera un « vote inutile » ».

Constat similaire de Thierry Reboud: « Si je dois voter pour le candidat socialiste au second tour (je voterai très probablement Front de Gauche au premier, ou à défaut EELV), je ne tiens pas particulièrement à me retrouver avec n’importe quoi à mettre dans l’enveloppe. N’importe quoi, ça pourrait être Royal ou Valls, par exemple. »

« Je ne souhaitais pas y participer, mais la politique exposée par Arnaud Montebourg me parait intéressante et il est souhaitable de l’aider à proposer un vrai projet socialiste avec l’espoir utopique de le voir s’allier avec le FdG pour un nouveau projet de société », dit Albert33.

« Je voterai pour Ségolène Royal car elle est la mieux placée en regard des deux apparatchik (Aubry et Hollande) et la plus à même de s’allier avec Mélenchon, Joly et Montebourg pour une alternative crédible à Sarkozy »: Art Monica.

« Je participerai à cette primaire qui n’est pas la mienne (Je voterai sans doute EELV au premier tour), pour favoriser le candidat le plus proche d’EELV dans la perspective du second tour », dit Alex.

« Pour soutenir Martine Aubry, seule candidate acceptable à mon avis. j’ai toujours voté à gauche, mais depuis quelques mois je suis « encartée » à EELV. Sachant d’Eva Joly n’a aucune chance mais que son score peut peser, je rêve que Martine Aubry devienne la première femme présidente de la France et qu’elle confie à Eva Joly un ministère important. je sais qu’elles peuvent s’entendre », CBPD20.
Voter utile… Mais c’est quoi «l’utile» ?
Et encore une fois, les déchirements du vote «utile»

Dans la préparation de cette primaire, plus la spontanéité recule au profit du calcul, et plus l’ombre de la candidate du FN domine l’équation. Mais avant elle, c’est « Sarkozy et toute sa clique » qui sont présents dans les esprits. Peser à gauche et faire barrage à Sarkozy sont, pour beaucoup, deux souhaits incompatibles. En quelque sorte, il faut choisir entre « la vraie gauche » et « pas la droite ». Il s’agit moins de voter pour un candidat que de fixer un ordre de priorités. Et c’est en raisonnant ainsi que l’on peut passer de Mélenchon à Hollande!

« J’ai vu et entendu Jean-Luc Mélenchon et j’ai été bluffé par son discours et la justesse de ses vues mais je ne voterai cependant pas pour lui parce que mon désir le plus profond est de faire battre Sarkozy et je crains que les votes Front de Gauche n’aboutissent au même résultat que les votes Chevènement en 2002. Efficacité d’abord, donc : Hollande, même sans enthousiasme», dit Sevyotev.

Quand le « vote utile » entre en scène, c’est Hollande qui en bénéficie. Bien entendu, parmi les lecteurs affirmant voter pour lui à la primaire, tous ne le font pas par défaut ou par « utilité ». Ses défenseurs aiment ses « deux projets-phares, jeunesse et fiscalité » (Simone Rumeau-Garcia, adhérente du PS). Ils mettent en avant la « crédibilité » d’un candidat « réaliste », « non démagogue », « sérieux ».

A l’opposé, on lui reproche d’être un « apparatchik », un « pseudo-socialiste », une « incarnation de la droite » « au service de la finance », « favorable au nucléaire », responsable de la déliquescence du parti socialiste quand il fut à sa tête et accusé de « sociale traîtrise » en faisant « alliance avec Sarkozy au sujet du traité de Lisbonne ».

« Tout sauf Sarkozy mais également tout sauf Hollande », écrit Yfpilot.

Reste qu’aux yeux de beaucoup de lecteurs, plus ou moins enthousiastes, il est « le seul qui peut faire trembler Sarkozy ».

« Le meilleur candidat du PS n’est pas forcément celui préféré des militants car le vote réel final sera celui des sympathisants. Donc, autant avoir dès le départ le choix des sympathisants. Mon candidat est François Hollande car pour qu’un candidat de gauche soit élu Président de la République il doit obtenir les suffrages du « ventre mou » qui en France décide des élections. Les électeurs sont traditionnellement 40% à gauche, 45% à droite et . . . 15% de « ventre mou ». Pour les mesures plus radicalement à gauche, les législatives sont là », argumente Philippe Pitavy, électeur habituel du PS.

« La question essentielle est de savoir qui a le plus de chances de chasser Sarkozy et sa clique. Peut-être que M .Aubry est la plus à même de rassembler la gauche (et les extrêmes) mais ce n’est pas suffisant pour gagner. François Hollande pourra attirer, en plus des socialistes, les centristes et les républicains de droite modérée . (…) Inutile de vouloir être plus à gauche que celle-ci ou celui-là, le seul but c’est battre Sarkozy », écrit Danièle Archambault, électrice habituelle du PS.

D’autres parient sur Aubry pour battre Sarkozy. Ce serait elle la plus « crédible ».

« Mon choix est simplement de tout faire pour éviter que Sarkozy soit réélu. Je voterai pour Aubry qui est à mon sens, la seule à pouvoir rallier la « gauche » et donc battre Sarkozy», affirme Zbrok.

Possible pour Porthos (électeur habituel du PS) puisqu’ « il est évident que l’UMP n’est plus majoritaire en France. Le temps est donc venu de lui rabattre son caquet ». Les pro-Montebourg, sceptiques quant aux chances réelles de leur champion, envisagent de se rallier à elle au 2e tour de la primaire. Les Verts qui participent au scrutin disent voter pour elle.

Elle séduit les électeurs de gauche par son « ancrage dans les classes populaires », son « punch pour recadrer la droite », sa « remise en cause du nucléaire », son « gros travail pour remettre le PS sur les rails », son engagement en faveur de la parité et le non-cumul des mandats… « Aubry, ego de dimension apparemment normale, bonnes notions du bien commun, pragmatique, forte et femme », résume Anonyme.

En face, on craint avec elle « une victoire de l’appareil », un « recyclage strausskahnien ». On lui reproche de soutenir Guérini, d’être « trop libérale », d’être le « bonnet blanc » de Hollande, en se mettant avec lui « à genoux devant la dette », d’être une candidate « ringarde » avec « un charisme de fer à repasser », d’être une femme.

Et puis, il y a les irréductibles ségolénistes: ceux-là s’abstiendront en 2012 si elle n’est pas dans la compétition! Des militants qui comptent finir le travail commencé en 2006, et « loupé de peu ». Elle aussi serait en mesure de remporter la présidentielle car elle rassemblerait au-delà des partis :

« Elle seule est capable de mobiliser largement un électorat populaire , électorat que le PS a non seulement perdu mais aussi désespéré pour ne pas dire dégoûté… Par ailleurs,elle est la seule candidate qui prône des valeurs positives, morales, et son envie de gagner, sa volonté son courage, son côté à la fois visionnaire et pragmatique qui lui font si bien diriger sa Région en font à mes yeux la candidate idéale. Si les Primaires s’ouvrent au plus grand nombre, Ségolène Royal sera élue et nous pourrons enfin célébrer une victoire républicaine en 2012! », est persuadée Christine Pichette, adhérente du PS.

Royal déchaîne les passions. Quand elle n’est pas la candidate providentielle (qui revient « plus forte » et « plus efficace » en deuxième saison), elle est un « danger ». Certains n’ont qu’une motivation pour cette primaire : « lui barrer la route », la rangeant dans la catégorie « choix déraisonnable ».

Les équations impossibles et le «cœur dans le vide»

Car il est question de cela dans nombre de réponses : classer les candidats sur l’échelle du raisonnable au déraisonnable. Les lecteurs sont tiraillés, hésitent à écouter leur tête, leur cœur, leur « ventre mou ».

« Je pense que ce sera un vote stratégique, dans le sens ou je ne veux pas que Nicolas Sarkozy soit réélu. Mon coeur irait plutôt vers Montebourg mais la raison va vers Hollande… », explique Valérie, une électrice indécise votant occasionnellement socialiste.

Montebourg serait « le seul en rupture avec la doxa capitaliste ». La démondialisation et la 6e République sont souvent citées, sa « loyauté envers Royal » aussi. Le « rassemblement » et le « changement » ce serait lui (aussi). Son plus gros handicap ? « Il n’a aucune chance ». Même ses plus fervents défenseurs l’écrivent. On lui reconnaît de bonnes idées mais un « manque de conviction », de « précision », au point qu’il « n’inspire pas confiance ».

Jeanne Favret-Saada, électrice habituelle du PS, présente les choses ainsi:

« 1. Si je décide d’y aller, ce sera pour éliminer les candidats qui me paraissent absolument impossibles : Royal, Valls, Baylet.

2. Ceci dit, les idées de Montebourg sont les moins éloignées des miennes, mais je n’ai aucune confiance en lui ; je me sens incapable de choisir entre Hollande et Aubry, bien que j’ai une violente antipathie intermittente pour Hollande et une sympathie intermittente pour Aubry.

3. Si je participe, ce sera donc plutôt pour augmenter le nombre de participants et emmerder la droite, que pour peser sur la primaire véritablement. »

Au bout du compte, après avoir passé en revu tous ces scénarios et combinaisons possibles (la synthèse de Médiapart n’étant pas exhaustive), même les plus décidés finissent par devenir des indécis! Karin, électrice habituelle du PS, ne sait plus pour qui elle a envie (doit ?) voter, ne sait plus du coup si elle doit ou non participer à la primaire, envisage de « laisser la décision à ceux qui savent vraiment ».

« Pour la dernière élection je me suis inscrite au PS pour voter, pour Ségolène. Mais cette fois-ci, elle n’aura pas ma préférence». Aujourd’hui, dit Karin, son « cœur balance entre Aubry et Hollande».« A moins qu’il ne balance dans le vide ? », s’interroge-t-elle avant d’ajouter : « Peut être même que je voterai Melenchon ou Vert? Mais cela dépendra évidement des sondages. Vote utile ou non », avant de conclure : « Je me sens drôlement orpheline, politiquement parlant.» A vous lire, elle n’est certainement pas la seule.
Si Aubry semble faire l’unanimité auprès des Verts, Montebourg est le préféré de ces électeurs de gauche non-socialistes tendance Mélenchon :

« Je veux voter Montebourg, le seul qui me ferait me déplacer au second tour si Mélenchon n’y est pas. Mais je crois que Mélenchon peut être au second tour. Si tous ceux qui votent Front de Gauche votent aux primaires pour Montebourg,et ceux qui hésitent entre Mélenchon et Eva Joly également, il est possible de faire passer Montebourg en tête », assure Alexos.

« Montebourg n’a aucune chance ,il ferait mieux de quitter ce parti qui ne peut être réformé de l’intérieur », constate Emma: beaucoup de non-socialistes, considérant que Montebourg ne l’emportera pas, songent à se rabattre sur un autre candidat de la primaire. Et là, les choses se compliquent…

« Martine Aubry me semble, après Arnaud Montebourg (qui n’a aucune chance), incarner de façon cohérente et honnête les valeurs de la gauche. A nous tous, un peu plus radicaux, d’exercer pression sur notre prochain gouvernant. La gauche ne peut de toute façon se permettre de manquer ce rendez-vous», dit Marie.

Et puis, il y a des stratégies encore plus obscures. Après le vote utile, le vote punitif :

« Au premier tour de 2012, je voterai Mélenchon, mais je suis réaliste; donc à la primaire socialiste, je me dis qu’entre six maux, il faut choisir le moindre, donc F.Hollande. Quant à Montebourg, s’il en avait, il rejoindrait déjà Mélenchon, donc je le punis Arnaud! Au coin Arnaud, avec le bonnet d’âne! », s’énerve Cacochyme.

Il est aussi possible de voir les choses différemment. Ce sont les électeurs de Montebourg qui se reporteront, en cas de défaite, sur Mélenchon au 1er tour de la présidentielle, puis voteront blanc en cas de nouvelle défaite:

« Je suis un ouvrier, retraité, je suis d’accord pour présenter mon « champion ». Pour la primaire socialiste je voterai Montebourg au 1er tour. S’il n’est pas au 2ème tour, je n’irai pas. Quant au 1er tour de la présidentielle, je voterai Mélenchon. Et s’il n’y a pas de candidat de gauche au 2ème tour, cas Sarko -- Marine, je n’irais pas voter », détaille Georges Celadin.
SOURCE MEDIAPART

Sarkozy et le boomerang de l’argent africain

SOURCE MEDIAPART

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C’est un signe de la gravité des menaces qui s’accumulent sur Nicolas Sarkozy. C’est le symptôme également de l’extrême nervosité qui s’est emparée de l’Elysée devant le développement de scandales judiciaires et d’affaires de financement occulte. Nicolas Sarkozy et ses plus proches fidèles sont menacés d’être rattrapés par cinq dossiers actuellement dans les mains de juges d’instruction ou de magistrats de la Cour de justice de la République :

l’espionnage de journalistes (lire ici notre article de vendredi)
les dessous financiers de l’affaire Karachi (nos enquêtes sont ici)
les relations avec le marchand d’armes Ziad Takieddine (retrouvez ici les enquêtes de Mediapart)
le rôle d’Eric Woerth, ancien ministre et trésorier de l’UMP, dans des financements venus des Bettencourt (ici, notre dossier Bettencourt et, ici, notre dernier article «L’Elysée en travers de la justice»)
le poids de l’Elysée dans l’affaire Tapie-Lagarde (ici, le dossier spécial de Mediapart).
Cela fait beaucoup, bien plus que l’affaire des diamants de Bokassa qui occupa la fin du septennat de Giscard d’Estaing, en 1981, et contribua à l’entraîner par le fond. Car les seuls déroulés de chacun de ces calendriers judiciaires promettent à l’Elysée une avalanche de révélations et de rebondissements dans les mois à venir qui seront aussi ceux de la campagne électorale. Le choix a donc été fait d’allumer des contre-feux. Objectif : créer l’effet de souffle qui éteindra ou marginalisera les lentes et complexes avancées de la justice; et qui permettra à quelques médias amis du pouvoir de braquer les projecteurs sur d’autres acteurs.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’«opération Robert Bourgi» lancée dans l’hebdomadaire d’Arnaud Lagardère, Le Journal du dimanche, en marge de la publication, mercredi, du livre de Pierre Péan, La République des mallettes, aux éditions Fayard.
Voilà cet avocat, proche de feu Omar Bongo (qu’il appelait «Papa») et devenu conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, soudain avide de confesser ces diverses turpitudes. De 1995 à 2005, il dit avoir transporté des dizaines de millions de francs, d’euros, de dollars en espèces, «contributions» de plusieurs chefs d’Etat africains aux frais divers et aux campagnes politiques des ténors de la Chiraquie.

On savait Robert Bourgi loquace et aimant être au centre de la photo. Le voici soudainement précis et soucieux du détail, quand ses bavardages étaient jusqu’alors flous et approximatifs, pour raconter ces remises «de plusieurs dizaines de millions de francs par an, davantage pendant les périodes électorales».

«À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé « la marche à suivre ». Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant (…) Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains – Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso(Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) – ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002», raconte-t-il. En tout, il dit évaluer à «20 millions de dollars» les sommes qu’il dit avoir remises à Chirac et Villepin de 1997 à 2005

Cette confession de Robert Bourgi est minutieusement ciblée puisqu’elle vise nommément trois hommes : Chirac, Villepin et Juppé (dont le Club 89 aurait été financé par Omar Bongo de 1981 à 1992, affirme Bourgi). Et qu’elle en épargne explicitement deux : Sarkozy et Guéant.

L’opération est aussi soigneusement chronométrée. Puisque le livre de Pierre Péan a pour personnage principal le sulfureux homme d’affaires Alexandre Djouhri, passé lui aussi avec armes, bagages et argent de Villepin à Sarkozy, c’est Robert Bourgi qui est ainsi lancé sur le devant de la scène. Aussitôt relayé par les deux hommes forts du président: Claude Guéant et Brice Hortefeux.

Le premier s’est empressé, dimanche soir, de crédibiliser les souvenirs de l’avocat: oui, Sarkozy était au courant de ces robinets d’argent liquide. «Je crois que Robert Bourgi a effectivement évoqué en termes très généraux des financements. Je ne pense pas qu’il soit jamais descendu dans ce luxe de détails qu’il a fournis aujourd’hui», a ainsi expliqué l’ancien secrétaire général de l’Elysée et aujourd’hui ministre de l’intérieur au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro.

Le second s’est employé à bien bordurer le témoignage de Bourgi. Bien sûr, ces financements illégaux, a-t-il déclaré sur BFM-TV, «portent sur une période définie qui indique bien que cela ne concerne en aucun cas Nicolas Sarkozy». Nous voilà rassurés et, bien sûr, convaincus que la valse des mallettes a soudain été stoppée nette, en 2007. D’ailleurs Bourgi le dit bien au JDD: «Nicolas Sarkozy m’a dit: « Robert, là où je suis, tu es chez toi », et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par « valises ».»

Les accusations de Robert Bourgi ont ceci d’intéressant qu’elles ne pourront en aucun cas être prouvées. Ce ne sont que des paroles, l’avocat se gardant bien d’évoquer ou produire le moindre document, de ces documents qui, par exemple, sont aujourd’hui au cœur des dossiers Karachi ou Bettencourt. Mais Bourgi et l’Elysée le savent: cette soudaine confession est dans la suite logique des innombrables témoignages faisant état, depuis les réseaux Foccart (pour qui travaillait d’ailleurs le père de Robert Bourgi), d’un financement massif de la droite française par quelques chefs d’Etat africains, Omar Bongo en tête.

Nous l’avions par exemple évoqué, à l’occasion de la diffusion du passionnant documentaire de Patrick Benquet et Antoine Glaser, «Françafrique, 50 années sous le sceau du secret». On y retrouve d’ailleurs Bourgi parlant déjà de financements de politiques français. Mais on y découvre surtout Jacques Salles, ancien chef des services français au Gabon. Il raconte ainsi une scène où Omar Bongo brasse dans sa suite d’hôtel à Paris des sacs de sport remplis d’argent liquide! Et il sous-entend clairement un financement d’élus français, parle aussi «d’enrichissement personnel». Puis il s’agit de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007… (voir des extraits sous l’onglet « Prolonger » de cet article).
Guéant, Foccart et la Légion d’honneur
«Pour Nicolas Sarkozy, voir l’un de ses conseillers africains, l’avocat Robert Bourgi, expliquer que oui, bien sûr, il y avait des financements lors des présidences précédentes, mais que brusquement, lorsque l’on parle de celui qui est en poste aujourd’hui, il n’y a plus de financements! Je trouve cela excellent!», commentait Antoine Glaser dans un entretien à Mediapart (à lire ici: Françafrique, ses secrets et vilénies). Le documentaire rappelle utilement les vieux liens entre Omar Bongo et Nicolas Sarkozy. Les proches du président gabonais, dont sa fille Pascaline, décrite comme la trésorière de la famille, assitent d’ailleurs au grand meeting de janvier 2007, lancement de la campagne du candidat de l’UMP.

Michel Bonnecorse, l’ancien Monsieur Afrique de Jacques Chirac, est bien plus précis. Il explique ainsi dans le livre de Pierre Péan comment justement Robert Bourgi s’est rallié à Sarkozy, une fois compris que Villepin ne pourrait pas se présenter à l’élection de 2007, et, preuve de sa sincérité, lui a apporté les financements occultes de plusieurs chefs d’Etat africains.
Bourgi découvre que «Dominique de Villepin est à terre, après l’échec retentissant du CPE en avril 2006», raconte Bonnecorse. «Tout logiquement, il estime que désormais la route est dégagée pour Sarkozy. Villepin est cuit… Et au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n’en fait qu’une, plus grosse, et la dépose aux pieds du ministre de l’intérieur» de l’époque.

«Le retour sur investissement a été immédiat après l’élection de Nicolas Sarkozy, poursuit Michel Bonnecorse. Bongo a été un des tout premiers, sinon le premier chef d’Etat appelé par le nouveau président.» Par ailleurs, le président gabonais «obtint alors un prêt pour l’Etat gabonais de 40 millions que Jacques Chirac lui refusait».

Jacques Chirac et Dominique de Villepin ayant, dès dimanche, porté plainte pour diffamation, et Robert Bourgi se déclarant prêt à s’expliquer devant la justice, voilà donc une affaire qui pourrait prospérer, d’autant que les socialistes demandent une enquête judiciaire et que Bernard Accoyer, président UMP de l’Asemblée nationale, évoque une possible commission d’enquête parlementaire.

Et c’est là que se profile l’immense risque pris par l’Elysée. Car il ne fait aucun doute que Robert Bourgi, toujours avide de figurer au premier plan et souvent enclin à s’attribuer des rôles qu’il n’a pas, n’a pas pu se livrer au grand déballage sans un feu vert explicite du pouvoir. Cet ancien collaborateur d’Omar Bongo, qui sous Chirac n’était qu’un acteur de seconde zone des coulisses de la Françafrique, a eu un rôle tout à fait nouveau grâce à Nicolas Sarkozy et à Claude Guéant.

Revendiquant en 2008 la paternité du limogeage de Jean-Marie Bockel, débarqué du poste de secrétaire d’Etat à la coopération pour avoir publiquement proclamé «l’acte de décès de la Françafrique», Bourgi se gargarise de ses nouveaux pouvoirs, sans que l’Elysée trouve à y redire: «J’ai dit au Président que certaines choses ne se faisaient pas», explique ainsi l’avocat, rendant publique la colère d’Omar Bongo qui a exigé le limogeage de Jean-Marie Bockel.

Bourgi va alors participer à deux choses: purger la cellule Afrique de l’Elysée qui avait été confiée à deux diplomates, dont Bruno Joubert, ayant cru un peu vite qu’il y aurait un vrai changement dans la politique africaine de Sarkozy; et accompagner la reprise en mains de cette politique par Claude Guéant. Claude Guéant à qui Bourgi dit vouer une admiration sans bornes. C’est du moins ce qu’il expliquait à Mediapart, lors d’une rencontre en juin 2008 (article à lire ici): «Quand je l’ai vu la première fois, j’ai cru revoir Foccart, la même prestance, la même retenue.» Et il vrai que Claude Guéant, passionné d’Afrique, la connaît sur le bout des doigts pour l’avoir apprise avec Charles Pasqua à la fin des années 1980, avant de rejoindre Sarkozy et de lui apporter justement certains des réseaux de l’ancien patron du SAC.

Robert Bourgi, qui connaît si bien Claude Guéant (et ce dernier, d’ordinaire si pointilleux sur l’étiquette, le laisse volontiers se présenter comme le nouveau M. Afrique de Nicolas Sarkozy), est aussi dans les meilleurs termes avec le président. Rallié au camp Sarkozy durant la campagne électorale de 2007, Robert Bourgi en est bien vite récompensé… par une Légion d’honneur et, ce, dès septembre 2007. C’est Nicolas Sarkozy en personne, justement «sur la suggestion de Claude Guéant», précise le président, qui choisit de lui remettre la décoration, lors d’une cérémonie à l’Elysée, le 27 septembre. Les ambassadeurs de plusieurs pays africains sont présents.
«En mon nom personnel»…
Sarkozy évoque alors cette précieuse grande famille «françafricaine». «Tu es aussi le produit d’une famille exemplaire. Je sais combien dans le passé Jacques Foccart, alors au service du général de Gaulle, a pu compter sur le patriote et l’ami que fut ton propre père, Mahmoud Bourgi», déclare le président. «Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te conseillait jadis, de « rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil ». Sous le soleil africain, ce n’est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison.»

Et Nicolas Sarkozy n’en reste pas là. «Enfin, permettez-moi d’avoir un propos plus personnel, ajoute-t-il. Ce qui nous unit, Robert et moi, c’est une amitié de 24 ans, depuis que nous nous sommes rencontrés au RPR en 1983. Gaullistes, nous l’étions tous deux passionnément. Toi, tu étais un grand connaisseur de l’âme africaine. Moi, je n’étais alors que le très jeune responsable des jeunes RPR. Alors, je n’ignore pas qu’en amitié, le cap des trente ans est le plus dur à passer… Mais je suis tranquille et serein tant je sais que tu portes très haut la fidélité à notre pays, à nos valeurs et à tes amis.»

Robert Bourgi n’est donc pas un électron libre ou un vieil acteur à la retraite. Son voisinage avec Claude Guéant et sa proximité presque familiale avec le clan Bongo en font un homme encore influent et ne pouvant soudain s’émanciper sans consignes explicites. D’ailleurs, selon les câbles diplomatiques révélés par WikiLeaks, l’ambassade américaine à Paris avait repéré son activisme en parrallèle de la cellule Afrique et souvent contre elle. Il est la «quintessence de l’acteur de la Françafrique impliqué dans des intrigues n’importe où en Afrique», note l’un de ces télégrammes (lire une synthèse ici).

«Je parle en mon nom personnel», veut-il préciser dans son récit au JDD. Personne ne le croira tant les affaires africaines ne supportent pas de dérogations à la règle de l’omerta. Si Bourgi a choisi de parler, c’est donc que la Sarkozie a décidé de relancer une guerre à outrance contre la Chiraquie, et Dominique de Villepin en premier lieu. Mais, selon la formule si souvent prêtée à Jacques Chirac, il pourrait y «avoir du sang sur les murs».

L’ancien président vient certes d’être déclaré officiellement «incapable», depuis que le tribunal de Paris a pris acte de son état de santé en le dispensant de comparaître. Mais son entourage ne laissera pas prospérer sans de violentes contre-attaques la description d’une présidence corrompue où au financement politique illégal s’ajouterait l’enrichissement personnel, comme le suggère l’avocat Bourgi.

De même, Dominique de Villepin s’est, dès dimanche, démené comme un diable pour désigner l’Elysée et ses complots. L’ancien premier ministre a de bonnes chances d’être débarrassé cette semaine du boulet Clearstream: la cour d’appel du tribunal de Paris pourrait, mercredi (jour de sortie du livre de Pierre Péan), confirmer le non-lieu prononcé en sa faveur en première instance. Dominique de Villepin retrouvera alors une pleine capacité de manœuvre. Fin connaisseur lui aussi des affaires africaines, il sait tout des entreprises sarkozystes dans ces pays.

Les hommes de Nicolas Sarkozy ont-ils ainsi pris l’exacte mesure des conséquences possibles d’un tel déballage? L’embarras manifesté dès hier par plusieurs responsables de l’UMP dit bien le risque: c’est toute la droite qui peut être emportée par la tourmente déclenchée par l’Elysée.

Avec vous, gagner pour apporter des réponses à la crise

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Cher-e ami-e,

Ces dernières semaines ont montré que la crise n’est pas terminée. Notre pays s’enfonce dans une dépression : croissance en berne, chômage en hausse, explosion de la dette, déficit commercial record.

Ceux qui ont conduit à cette situation n’ont pas les solutions pour en sortir : ils ont gaspillé les marges de manœuvre budgétaires en cadeaux fiscaux injustes.

En 2012, nous devrons redresser la France. Il faudra être sérieux : dans toutes mes responsabilités, je l’ai été. Mais aussi être ambitieux : le sérieux n’est pas l’austérité et la gauche n’est pas la droite.

Pour réduire le déficit des finances publiques, il faut résorber aussi les déficits d’emploi et de compétitivité. Et au-delà, inventer un nouveau modèle de développement industriel, technologique, énergétique. Et savoir qu’il ne peut y avoir d’efforts sans justice fiscale et territoriale, ni d’avenir sans sécurité publique et sociale.

Mon engagement pour sortir de la crise passe aussi par un autre chemin pour l’Europe et la France, que j’ai développé cet été :
• «Contre la dette, pour l’emploi: ma règle d’or» (Le Monde)
• Crise en Europe: l’audace ou l’enlisement ! (Libération)
• Mes propositions pour sortir de la crise (Le Journal du Dimanche)

Je compte sur vous. Vous pouvez compter sur moi.

Martine Aubry

Crise: eux ou nous

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SOURCE MEDIAPART
L’Europe a rendez-vous avec l’histoire. La crise financière, arrivée à son point de fusion, a mis à nu les erreurs d’analyse, les fautes politiques, les aveuglements idéologiques commis par les responsables politiques depuis plus de vingt ans et amplifiés depuis l’écroulement du système financier en 2008. Depuis dix-huit mois, toutes les réponses politiques ont été hésitantes, inadaptées, à contre-courant. Les responsables européens peuvent encore reprendre la main. Mais ils n’ont plus beaucoup de temps. S’ils ratent le court créneau qui leur est offert, l’implacable mécanique de destruction ne s’arrêtera plus.

Comprenant que le moment bouscule tous les calendriers et agendas politiques, Nicolas Sarkozy tente de reprendre la main et de faire oublier son bilan. Mais à sa manière : avec des petites manœuvres. En tendant un piège à la gauche avec sa règle d’or, d’un côté. En organisant une nouvelle fois la mise en scène de ses rendez-vous internationaux, de l’autre. Une réunion est donc prévue dès mardi avec Angela Merkel à l’Elysée pour donner l’image, vue déjà maintes fois, d’un couple franco-allemand la main dans la main pour défendre l’euro et l’Europe.
L’objectif de cette rencontre est déjà fixé : il faut rassurer les marchés. Le plat de résistance est la mise en œuvre des décisions arrêtées au sommet du 21 juillet. Les parlements européens sont priés d’accélérer le pas pour adopter dans l’urgence l’ensemble du plan de sauvetage de l’Europe, afin de répondre aux exigences des marchés qui ne raisonnent plus qu’au rythme du clic de la souris d’ordinateur.
Mais les discussions entre le chef d’Etat français et la chancelière allemande devraient aller au-delà. Car le plan du 21 juillet est mort avant d’être né. Le monde financier exige que les responsables européens «l’approfondissent». Nicolas Sarkozy est encore plus ouvert à cette révision depuis l’attaque en règle menée contre les banques françaises cette semaine. La démonstration a été faite par la finance qu’elle peut mener un système jusqu’à l’écroulement. Le chef de l’Etat a compris l’avertissement: il sait que si tout tourne mal, il sera comptable du désastre. Il pourra dire adieu à un nouveau mandat à l’Elysée. Il est donc prêt à pactiser.

Les financiers comptent beaucoup sur lui pour rallier Angela Merkel. Combien de fois la chancelière allemande au cours des deux dernières années n’a-t-elle pas dit non à tout, hésitant, temporisant, avant de céder, au nom de l’Europe? Cette fois-ci, ils parient encore sur la capacité de conviction du président français pour amener la chancelière allemande à résipiscence.

D’une part, le monde de la finance n’a pas admis d’avoir à payer un tribut dans le plan de sauvetage de la Grèce, comme l’exigeait Berlin. Même si leur contribution est minime –les premiers chiffres font apparaître qu’elle risque d’être encore inférieure aux 21% négociés par l’institut de finance internationale, invité directement à la table du conseil européen–, c’est une question de principe. L’Europe a beau avoir écrit que le cas grec était «unique», en d’autres termes que le monde financier ne serait plus jamais mis à contribution, les financiers n’ont pas confiance. Ils aimeraient donc pouvoir revenir sur l’engagement grec. Ou à défaut, obtenir un mécanisme de garantie à 100%.
Assurance tous risques
Et cette assurance tous risques, ils la voient dans le fonds européen de stabilité financière. Le fait que l’Europe ait accepté, lors du sommet de juillet, le principe de venir, en remplacement de la Banque centrale européenne (BCE), au secours des pays attaqués et de racheter sur le marché secondaire les dettes obligataires matraquées par la spéculation est déjà un acquis. Berlin a tenté d’encadrer le processus, en notifiant que ces rachats devraient être faits à l’unanimité des pays et après examen de la BCE.

Ce qui s’est passé ces dernières semaines prouve que cette précaution n’est qu’une dissuasion de papier. Avant même que le fonds ne soit en place, la spéculation s’est déchaînée sur les dettes italienne et espagnole. Dans la panique, la banque centrale a dû accepter de mettre entre parenthèses ses principes, et d’intervenir sur les marchés pour soutenir les obligations espagnoles et italiennes. Mais l’avertissement lâché par le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, est sans ambiguïté : « Les Etats européens doivent prendre leurs responsabilités. » En clair, il est urgent que l’Europe prenne le relais de la banque centrale et renforce son fonds de stabilité pour venir au secours des pays européens en détresse.

Déjà, les analystes financiers commencent à s’inquiéter de la faiblesse des montants du fonds de stabilité : 440 milliards d’euros ne sont pas suffisants, selon eux, pour voler à la rescousse de la zone euro en danger. Sans doute pour rappeler son existence, le transparent président de la commission européenne, José Barroso, s’est empressé d’abonder dans leur sens, en demandant un renforcement du fonds. A sa suite, de nombreux responsables ont commencé à militer pour son augmentation, réclamant de le porter à 2.000 milliards d’euros au moins.

Même si le ministre allemand de l’économie Philipp Rösler, soutenu par les Pays-Bas et la Finlande, s’est empressé de répondre par une fin de non-recevoir, le sujet est désormais sur la table. Et Nicolas Sarkozy va s’efforcer de convaincre Angela Merkel de toute la pertinence de cette mesure. La gauche socialiste lui emboîte le pas sur cette question. Les mots solidarité européenne, sauvetage de l’euro, intégration fiscale, euro-bonds suffisent et ne poussent pas à approfondir le dispositif.

Une telle unanimité devrait poser question. Ne sommes-nous pas dans ce « culte du convenu» que Marc Bloch dénonçait dans L’Etrange Défaite ? « Ainsi s’imagine-t-on, sans doute, entretenir, par un voile pudiquement jeté sur les pires erreurs, la confiance de la nation », écrivait l’historien en 1940.

Car, à y regarder de plus près, le mécanisme tel qu’il a été imaginé il y a un an pour sauver la Grèce est un échec. Les pays européens ont accepté de garantir à l’époque 110 milliards d’euros de dettes pour aider la Grèce à traverser ce qui devait être une difficulté de financement momentanée. Or rien ne s’est déroulé comme prévu. Après avoir obtenu de telles garanties, la dette grecque, qui était en mai 2010 à près de 7%, aurait dû se détendre et retomber vers les 4-5% puisqu’il n’y avait plus de risque réel, selon la théorie des marchés efficients.

Or, c’est l’inverse qui s’est passé. Les rendements sur la dette grecque ont continué à grimper pour atteindre 11% à l’automne, plus de 16% au printemps. Tandis que l’économie grecque sombrait dans la récession – moins 6,9% encore au deuxième trimestre de cette année – sous l’effet des coupes budgétaires et des programmes d’austérité, la dette n’a cessé d’augmenter et le pays s’est retrouvé totalement insolvable. D’où la nécessité d’un deuxième plan de sauvetage qui ne devrait pas plus sauver la Grèce que le premier, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
Les finances publiques jouées à la roulette de la spéculation
Loin d’apporter un apaisement dans la zone euro, la création de ce fonds de stabilité a au contraire déchaîné la spéculation. Les banques y ont vu un excellent moyen d’assurer à bon compte une partie de leurs risques passés, au détriment des fonds publics. Après la Grèce, il y a eu l’Irlande puis le Portugal. L’Europe a volé à leur secours. En un an, près de 200 milliards d’euros financés et garantis par les autres pays européens ont été débloqués. Sans apporter le moindre soulagement à la zone euro. Comme pour la Grèce, les rendements obligataires des pays secourus ont monté encore plus après qu’avant les plans de sauvetage. La dette est venue augmenter la dette chez eux, et dans le reste de l’Europe.

Pourquoi cela serait-il différent aujourd’hui? Cela risque même d’être pire car, à l’aide directe aux gouvernements, l’Europe ajoute maintenant des achats directs des dettes en péril sur les marchés secondaires. On comprend l’enthousiasme des acteurs financiers face à cette mesure. Alors que les Etats, trop endettés, ne sont plus en mesure de les aider, que les banques centrales leur refusent désormais des mesures de quantitive easing, c’est-à-dire les rachats de leurs produits toxiques pour les aider à nettoyer leur bilan, l’Europe, seule structure existante sans dette, se propose de prendre le relais, par la mutualisation des dettes et des taux de chaque pays participant.

On comprend aussi leurs injonctions à porter très vite à augmenter le montant du fonds. Car la suite est prévisible et a déjà commencé à être mise en œuvre. Les unes après les autres, les dettes des pays européens vont être jouées à la roulette de la spéculation. Cela sera d’autant plus facile qu’aucune mesure n’a été prévue pour la contrer, notamment sur les CDS, cette bombe à neutrons des dettes souveraines. Et à chaque fois, il sera demandé au fonds d’intervenir : les banques ainsi auront trouvé la structure ad hoc pour se débarrasser de leurs risques et les transférer à la sphère publique. Le fonds risque de devenir une vaste structure de défaisance du système bancaire européen, qui n’a pas été remis en ordre. C’est si vrai que la Banque centrale européenne justifie la crainte de détérioration de son bilan pour ne plus acheter de la dette sur les marchés secondaires.

Les responsables politiques ont-ils compris ce qu’ils étaient en train de mettre en place ? Car en face de la spéculation, ils jouent le bilan de leur Etat, c’est-à-dire, leurs recettes budgétaires, la sécurité sociale, les engagements de retraite, l’ensemble des richesses accumulées, pour le seul profit de la finance. Ainsi, les marchés n’ont pas protesté après l’annonce par François Fillon d’un endettement de 15 milliards supplémentaires liés au plan de sauvetage de la Grèce à la fin de l’année, venant s’ajouter aux 6 milliards déjà débloqués au début de l’année. 21 milliards de plus en quelques mois, il n’y a rien à dire: c’est pour la bonne cause. A l’inverse, la perspective d’un déficit de 40 milliards, dont la moitié imputable à la crise, à l’horizon 2020 de notre système de retraite leur a semblé inadmissible. Ils ont exigé – et obtenu – une réforme immédiate de l’âge de la retraite, porté dans les faits à 67 ans. Il y a définitivement des dettes plus supportables que d’autres.

La lettre de la BCE à l’Italie ne laisse planer aucune ambiguïté sur la suite. Au programme: toujours plus d’austérité, de coupes budgétaires, de diminution de protection sociale. Toutes les garanties et protections du corps social sont condamnables pour un système financier, qui ne cesse d’en exiger davantage pour lui-même.

Ce coup d’Etat de la finance ne semble pas choquer. « Nous allons devoir nous habituer à des règle dictées par la Banque centrale européenne!» a expliqué doctement le président de l’AMF, Jean-Pierre Jouyet, conseiller à ses heures de François Hollande,Risque d’explosion de la zone euro
Pour beaucoup, ce sont des sacrifices nécessaires pour sauver l’euro et l’Europe, pas indispensables avant la grande fédération européenne. Cela pourrait être au contraire ce qui mène l’Europe à sa perte. Car les mécanismes imaginés sont ingérables financièrement et politiquement. Le financement du fonds de stabilité repose sur la contribution proportionnelle des Etats européens. Si l’Allemagne et la France en sont les principaux contributeurs, à hauteur respectivement de 27,1% et 20,3%, l’Italie et l’Espagne sont censées y contribuer à hauteur de 17,9% et 11,9%. Comment ces deux pays, surendettés et interdits de marchés financiers, pourront-ils apporter leur aide? Les Italiens et les Espagnols, déjà sonnés par la crise, accepteront-ils de faire encore plus d’effort, au nom de l’Europe ?

bataille d’Aboukir
La charge risque de retomber sur un nombre de plus en plus restreint de pays. Si l’Espagne ou l’Italie viennent à être mises en danger, le reste de l’Europe ne pourra pas suffire à les sauver. « Ensemble, les pays européens sont plus forts », répètent les défenseurs de ce système. Mais à ce stade, compte tenu des défauts liés à la création européenne auxquels il n’a toujours pas été remédié, des mécanismes imaginés, cette association risque au contraire de tourner au désastre. Comme lors de la bataille d’Aboukir, l’enchaînement des navires risque d’entraîner tout le monde par le fond.

Le risque de l’explosion de l’Europe est non nul, au vu de la spirale ascendante de la crise. Les premières contestations en Finlande, aux Pays-Bas, en Allemagne, qualifiées de populistes et d’égoïstes, sont à prendre au sérieux. Pourquoi des populations accepteraient-elles de prendre à leur charge une partie du fardeau, de consentir à une dégradation de leur niveau de vie sans broncher ? Au nom de l’Europe ? Elle a tellement peu tenu ses promesses. On leur avait promis la fin de la spéculation monétaire. Ils découvrent la spéculation sur les dettes souveraines, bien plus dangereuse pour le contrat social. On leur avait juré la stabilité et la prospérité. Ils ont le chômage, la désindustrialisation et l’austérité. Aujourd’hui, ce sont leurs retraites, leurs hôpitaux, leur système de santé, leurs écoles qui sont en jeu.
Dans leur manifeste, les “économistes atterrés” avaient décrit l’enchaînement fatal dans lequel l’Europe se trouve aujourd’hui. Ils avaient aussi donné leurs solutions. Parmi les tout premiers remèdes, ils préconisaient de redessiner la zone euro, afin de lui donner les armes et les outils d’une véritable union monétaire. Ils insistaient notamment pour que la BCE devienne une véritable banque centrale comme dans les autres zones monétaires, et se porte garante en dernier ressort du système et des Etats. Il faut « affranchir les États de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE », insistaient-ils.

Si ce cadre existait, c’en serait fini du chantage du monde financier sur la zone euro. Jamais la Grèce ou le Portugal n’aurait été poussés dans les cordes, puisque la banque centrale européenne se serait portée garante de leur financement en dernier recours. Les agences de notation auraient vu leur pouvoir de nuisance notablement diminué. Même les banques s’y seraient retrouvées en définitive, puisque la valeur des dettes souveraines européennes, qui forment le socle de leur bilan, n’aurait pas été mise en question. Cela aurait permis de stabiliser le système financier européen avant d’exiger sa réforme, alors qu’aujourd’hui, toute réforme est repoussée, par crainte de sa fragilité.

Mais tout cela remet en cause l’indépendance de la BCE, fondement de l’euro, objectent les défenseurs de l’euro. Mais indépendance vis-à-vis de qui ? Certes, la banque centrale n’est pas sous le contrôle des Etats et est même en train de prendre le pas sur eux. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, s’en est irrité comme l’a rapporté Le Monde. « Bien que la BCE soit indépendante, il serait bien que les gouvernements soient aussi considérés comme tels, a-t-il lancé, au vu de toutes les exigences de l’institution présidée par M. Trichet. » En revanche, la BCE affiche la plus grande compréhension à l’égard du monde financier, au point de devenir le porte-parole de leurs intérêts, comme l’ont montré ses dernières interventions contestant la restructuration de la dette grecque.

L’Allemagne ne voudra jamais accepter un tel changement de statut : elle en avait fait une condition non négociable, au moment de la création de la zone euro, répètent tous les partisans du statu quo. Au point critique où en est arrivée la crise de l’euro, il serait pourtant bienvenu de se reposer la question.

Plutôt que d’essayer de convaincre Angela Merkel d’accélérer le pas, de mettre encore plus d’argent –ce qu’elle refuse à juste titre– dans la défense d’une construction bancale et viciée et dans l’intérêt exclusif de la finance, il serait préférable de la persuader d’entreprendre une remise sur pied de l’édifice européen, en commençant par lui donner une assise stable par la réforme de la BCE.

C’est ce rendez-vous avec l’histoire qu’ont les responsables européens. Ils ont quelques semaines pour dire ce qu’ils choisissent finalement: la finance ou les peuples européens. Eux ou nous ?

Cour de justice : le document qui accable Christine Lagarde

MEDIAPART
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17 AOÛT 2011 | PAR MICHEL DELÉAN

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Mediapart a pu prendre connaissance de la décision motivée qui a été rédigée le 4 août par la commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire Lagarde/Tapie. Dans ce texte, rédigé après l’examen de dossiers volumineux (transmis par le parquet général de la Cour de cassation, l’Assemblée nationale, la Cour des comptes et la Cour de discipline budgétaire et financière), et à l’issue de plusieurs séances de travail, les sept hauts magistrats qui composent la commission des requêtes détruisent un à un les arguments de Christine Lagarde et de son avocat. Ils se prononcent pour une saisine de la commission d’instruction de la CJR visant l’ancienne ministre de l’économie, pour des faits de « complicité de faux par simulation d’acte » et de « complicité de détournement de fonds publics ».
Le texte de neuf pages rédigé par la commission des requêtes est très sévère pour Christine Lagarde. Il fait, dans un premier temps, l’historique de l’affaire Bernard Tapie/Crédit lyonnais dont l’épilogue a coûté la somme colossale de 403 millions d’euros au Consortium de réalisation (CDR), et donc à l’Etat.
La seconde partie du texte constitue les attendus de la décision, qui sont littéralement accablants. La commission des requêtes estime en effet que Christine Lagarde s’est impliquée personnellement et de façon litigieuse dans un dossier qui n’avait pour but que de renflouer par tous les moyens Bernard Tapie, cela malgré un risque judiciaire très faible pour l’Etat, et en dépit de l’opposition de plusieurs hauts fonctionnaires. Au vu de ces éléments, Christine Lagarde ne semble pas pouvoir échapper à une mise en examen qui fragiliserait sa position à la tête du Fonds monétaire international.

Voici un résumé en douze points de cette décision (l’intégralité du texte peut être consultée dans l’onglet Prolonger).
Des anomalies répétées
1. Le processus qui a conduit « à la condamnation du CDR au paiement de sommes élevées à la charge des finances publiques comporte de nombreuses anomalies et irrégularités ».

2. Le « contentieux Adidas » n’était visé ni par le protocole ni par la loi de 1995 qui organisaient la « défaisance » du Crédit lyonnais, et le courrier ministériel de 1999 étendant la garantie du CDR à ce contentieux « était privé de fondement juridique ».

3. La légalité du recours à l’arbitrage par le CDR, organisme public, est « incertaine », et aucun avis sur ce point n’a été demandé au Conseil d’Etat.

4. Le recours à l’arbitrage a été proposé par les mandataires judiciaires du groupe Tapie alors que leurs chances de gagner en justice « étaient à tout le moins sérieusement compromises par l’arrêt de cassation » d’octobre 2006. Décidé par Jean-Louis Borloo, par ailleurs ancien avocat de Bernard Tapie, dès sa prise de fonction le 18 mai 2007, le principe de l’arbitrage a pourtant « été retenu malgré l’opposition manifestée à plusieurs reprises (…) par le directeur général de l’agence des participations de l’Etat ».

La note que celui-ci a adressée à Christine Lagarde, qui a succédé à Jean-Louis Borloo le 18 juin 2007, spécifiait que « le recours à l’arbitrage n’apparaissait pas justifié », le CDR ayant toutes les chances de gagner en justice, et que l’arbitrage « exposerait le CDR et donc l’Etat à un risque majeur », compte tenu des revendications déraisonnables affichées par la partie adverse.

Cet avis « déconseillait au ministre de s’engager dans la voie d’un arbitrage, qui n’était justifié ni du point de vue de l’Etat ni du point de vue du CDR, et pourrait être considéré comme une forme de concession inconditionnelle et sans contrepartie faite à la partie adverse ». La ministre a cependant donné l’instruction d’accepter l’arbitrage le 10 octobre 2007.

La crainte, invoquée par Christine Lagarde, de voir s’allonger la durée et le coût des procédures judiciaires ne tient pas : les « procédures étaient proches de leur terme » après la décision de l’assemblée plénière de la Cour de cassation qui s’imposait à toute autre juridiction, « l’autorité de la chose jugée faisant obstacle à ce qu’une demande déjà rejetée puisse être à nouveau présentée sur un fondement juridique distinct ».

Enfin, les honoraires des avocats choisis pour la procédure d’arbitrage, « en lieu et place de l’avocat historique du CDR, hostile à cette procédure, équivalent à ceux qu’auraient représenté plusieurs années de nouvelles procédures judiciaires ».

5. Le compromis d’arbitrage accepté par le CDR « apparaît également et à de nombreux égards irrégulier ». Le Crédit lyonnais « a été exclu » de la procédure, et il s’est déclaré « fort réservé » à son égard, refusant de verser « la contribution forfaitaire de 12 millions d’euros à laquelle était pourtant subordonnée la garantie du CDR ».

La garantie du CDR pour l’indemnisation d’un préjudice personnel des époux Tapie n’était pas prévue par la lettre ministérielle de 1999. Le président du CDR a pourtant accepté en 2007 « de soumettre à l’arbitrage cette demande d’un montant sans précédent, présentée au titre d’un préjudice moral fondé sur des faits imputés au Crédit lyonnais, qui n’était pas partie à la procédure ».

Le conseil d’administration du CDR « paraît ne pas avoir été informé régulièrement de cette acceptation ». La version du compromis soumise à ce même conseil d’administration le 2 octobre 2007 mentionnait seulement que « les demandes des mandataires liquidateurs au titre du préjudice des époux Tapie étaient limitées à 50 millions d’euros ».

Les demandes « au titre du préjudice matériel apparaissent tout aussi excessives, alors que le CDR, qui n’était pas demandeur à l’arbitrage, pouvait dicter ses conditions et se référer aux condamnations prononcées par la cour d’appel, laquelle n’avait alloué qu’un euro symbolique pour le préjudice moral et 135 millions d’euros, intérêts compris, pour le préjudice matériel », tandis que « le plafond accepté » avec l’arbitrage pouvait atteindre, avec les intérêts, 450 millions d’euros.

Le compromis, comme l’a expliqué le professeur Clay devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, « enserrait singulièrement le pouvoir des arbitres et pouvait s’assimiler à une transaction, l’une des parties renonçant à des actions en justice pour obtenir une contrepartie ».
Vers une mise en examen
6. « Le choix des arbitres n’apparaît pas conforme aux pratiques habituelles. » Les trois arbitres ont été choisis avant même la rédaction du compromis, « alors que l’usage aurait voulu que les modalités de cette désignation soient fixées dans cet acte et que chaque partie choisisse son propre arbitre, ceux ainsi désignés nommant à leur tour un président ».

Les « liens de l’un des membres de ce tribunal arbitral (NDLR : Pierre Estoup) avec le conseil de l’une des parties (NDLR : Maurice Lantourne), et « l’appartenance d’un autre (NDLR : Jean-Denis Bredin) aux instances dirigeantes du parti politique auquel adhérait M. Tapie (NDLR : le PRG, ex-MRG) ont permis à la Cour des comptes de considérer (…) que la composition de ce tribunal était d’emblée défavorable au CDR ».

7. La sentence rendue « a presque entièrement fait droit aux demandes des époux Tapie et des mandataires judiciaires » : elles ont été « satisfaites à hauteur de 80% pour le préjudice matériel et de 90% pour le préjudice moral ».

« La somme de 45 millions d’euros a été allouée de ce dernier chef sur le seul fondement d’un acharnement exceptionnel de la banque à l’égard des époux Tapie en vue de briser chez eux tout avenir professionnel et toute réputation, sans que le Crédit lyonnais ait pu faire valoir ses arguments en défense », et « après que le CDR ait renoncé à soulever l’irrecevabilité de cette demande des mandataires judiciaires, se satisfaisant de l’assurance que les époux Tapie verseraient cette somme pour couvrir l’éventuelle insuffisance d’actif de leur liquidation judiciaire ».

8. Des consultations d’avocats spécialisés « pouvaient laisser espérer une chance d’annulation de la sentence ». Mais la ministre a, « sans attendre l’expiration du délai d’un mois », « demandé par écrit aux administrateurs représentant l’Etat de s’exprimer en défaveur d’un recours en annulation ». « Des instructions orales auraient même été données à M. Scemama pour que celui-ci, contrairement à la pratique de ses prédécesseurs, participe lors de la délibération du CDR » au vote contre ce recours, « acquis par trois voix contre deux ».

9. « De l’ensemble des décisions systématiquement défavorables aux intérêts du CDR, de l’EFPR et de l’Etat résultent des indices graves et concordants faisant présumer que, sous l’apparente régularité d’une procédure d’arbitrage, se dissimule en réalité une action concertée en vue d’octroyer aux époux Tapie et aux sociétés dont ils détiennent, directement ou indirectement, le capital, les sommes qu’ils n’avaient pu jusqu’alors obtenir, ni des tribunaux judiciaires, ni par la médiation tentée en 2004, ni lors d’une seconde négociation menée en 2006 après le prononcé de l’arrêt de la cour d’appel de Paris, celle-ci ayant également été abandonnée, compte tenu des prétentions jugées inacceptables de M. Tapie. »

10. Cette sentence « a permis aux époux Tapie et aux sociétés du groupe Tapie dont la situation était, selon certains observateurs, irrémédiablement compromise dès 1992, d’échapper aux conséquences des procédures collectives dont ils étaient l’objet et de se constituer un patrimoine important ».

11. L’exécution de la décision a « entraîné le règlement par l’EFPR, en sa qualité de garant du CDR, de sommes dont la charge sera en définitive supportée par l’Etat ».

12. Ces faits « sont susceptibles de constituer à la charge de Mme Lagarde les délits de complicité de faux par simulation d’acte et de complicité de détournement de fonds publics ». La ministre paraît en effet « avoir personnellement concouru aux faits notamment en donnant des instructions de vote aux représentants de l’Etat dans le conseil d‘administration de l’EFPR, voire au président de cet établissement public en sa qualité de membre du conseil d’administration du CDR ».

« Il y a lieu, en conséquence, d’émettre un avis favorable à la saisine de la commission d’instruction de la Cour de justice de la République aux fins d’instruire contre Mme Christine Lagarde », conclut la commission des requêtes.

Cette analyse du dossier Lagarde/Tapie est plus sévère encore que celle de l’ancien procureur général près la Cour de cassation Jean-Louis Nadal (lire ici). La décision de la commission des requêtes, qui s’impose au parquet général, vient de donner lieu à une saisine officielle de la commission d’instruction de la CJR le 16 août par Cécile Petit, premier avocat général assurant l’intérim jusqu’à l’installation de Jean-Claude Marin (lire ici).

Il revient maintenant à la commission d’instruction, composée de trois magistrats indépendants, d’instruire le cas Christine Lagarde, et d’interroger l’actuelle directrice générale du FMI, soit sous le statut de mis en examen ou de témoin assisté.

Reste à savoir si ces auditions se dérouleront à Paris ou à Washington.

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Sans détérioration intellectuelle, la paranoïa se révèle essentiellement par un discours argumenté, d’apparence logique, mais cependant délirant, puisque étayé par un réseau d’illusions.
Le délire de persécution en donne un exemple typique. La personne qui en souffre se croit la victime d’une personne ou d’une organisation qui lui veulent du mal. Elle voit dans le moindre fait la preuve de cette malveillance, dont le sentiment envahit sa vie, la pousse à des manœuvres absurdes, qui peuvent aller jusqu’à des pulsions meurtrières. Mais les délires de jalousie, de grandeur, de puissance, d’érotomanie (certitude d’être aimé par une personne étrangère à cette passion), de mysticisme, entrent aussi dans cette forme de pathologie.

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