Heureusement que Carla Bruni assistait au premier meeting politique de sa vie : elle aurait sinon été déçue. Dimanche, au parc Chanot de Marseille, le candidat Sarkozy n’a pas seulement peiné à renouveler ses idées. La mise en scène, également, évoquait plus la continuité que la rupture : pas de surprise, pas d’innovations.Après le show de François Hollande au Bourget, Nicolas Sarkozy a presque paru « normal ». Volontairement ?
Cette sobriété, le trésorier de Nicolas Sarkozy, la théorise : alors que la loi autorise les candidats de second tour à débourser jusqu’à 22 millions d’euros, Philippe Briand assure à Mediapart que son champion n’ira pas au plafond. «On est parti pour dépenser 18 millions, explique le grand argentier, en poste depuis trois jours.Nicolas nous a demandé de faire une campagne économique.» 18 millions, ce serait 3,5 millions d’euros de moins que les frais déclarés en 2007 par Eric Woerth, son prédécesseur. En termes d’affichage, rien de tel pour convaincre que le chef de l’Etat a tourné la page du « bling-bling » et intégré la rigueur. Mais Nicolas Sarkozy tiendra-t-il ?
Philippe Briand, député UMP et questeur à l’Assemblée, qui compare pour rigoler son rôle à celui de «Francis Blanche dans Les Tontons flingueurs» (c’est-à-dire au notaire véreux d’un gangster), répond du tac au tac : «On va faire moins de rassemblements qu’en 2007, et davantage régionaux. Et puis on va mettre le candidat dans le train !»
Pas tous les jours, non plus. Car Philippe Briand confirme qu’il va signer un contrat avec un avionneur «pour 20 à 30 heures de vol, à des tarifs qui varient de 5.000 à 10.000 euros de l’heure, selon le type d’appareil». Dassault a-t-il décroché la timbale ? «A ma connaissance, ce n’est pas signé, confie le trésorier. Mais j’ai lancé une consultation et je ne serai pas étonné qu’il soit retenu. C’est le seul fabricant français d’avions à réaction, or je ne vois pas Nicolas prendre un truc à hélice !»
Dans la salle, dimanche, Serge Dassault avait sa place au troisième rang, collée au siège réservé à Thierry Herzog, l’avocat personnel du président de la République. L’industriel et sénateur UMP, également propriétaire du Figaro, s’y est installé très en avance, pour ne pas rater une miette. Mediapart en a profité pour l’interpeller : «Il paraît que le candidat va voler dans vos avions ?» Sur la défensive, Serge Dassault esquive : «Non, c’est interdit.» On insiste : «Non, mais avec un contrat….» «Non, c’est interdit.» Va-t-il aider financièrement Nicolas Sarkozy, signer un chèque pour la campagne ? «Je n’aide aucun candidat.» Serge Dassault prend mille précautions pour ne pas mettre Nicolas Sarkozy dans l’embarras.
L’UMP a tout fait pour mettre en scène la ferveur lors de cette «grande réunion», assurant que le standard de l’UMP avait explosé dans les jours précédant la réunion publique. En réalité, les militants étaient visiblement moins nombreux que les 15.000 présents annoncés par Jean-François Copé à la tribune. Et encore moins que les 20.000 supporters comptabilisés par le quotidien La Provence en 2007, lors du dernier meeting avant le premier tour, organisé dans la même salle. Si un écran géant a été installé dehors pour donner l’impression d’une salle débordant de monde, l’impression à l’intérieur était qu’on aurait pu se serrer.
Quelques voix supplémentaires dans le Palais des événements n’auraient pourtant pas été de trop. Les ministres, eux, sont venus en nombre pour un meeting pourtant présenté comme «régional» : François Fillon, Alain Juppé, Xavier Bertrand, Nadine Morano, etc. Absent, en revanche : leur collègue de l’Agriculture, Bruno Le Maire, l’homme que l’Elysée et l’UMP avaient dans un premier temps désigné pour rédiger le projet. De lui, comme de ses idées, pas une trace. Nicolas Sarkozy, à l’image de 2007, va en réalité s’appuyer sur un petit groupe de proches.
Dimanche, 15 minutes avant l’arrivée de Nicolas Sarkozy, on les a vus quelques secondes réunis, quatre hommes en conciliabule au pied de la scène : Jean-Michel Goudard, le publicitaire, déjà au service de la précédente présidentielle ; Franck Louvrier, survivant de 2007, chargé de communication du Président à l’Elysée depuis cinq ans, officiellement basculé à mi-temps au QG ; Guillaume Lambert, chef de cabinet de Nicolas Sarkozy jusqu’à vendredi, désormais son directeur de sa campagne. A ses trois-là, qui se connaissent par cœur, s’ajoute l’homme à l’oreillette : Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé à l’UMP, chargé de la logistique. La nouvelle “firme” ?
Le seul qui ait eu l’honneur de faire son apparition dans le hall en même temps que le Président, collé à ses pas, c’est toutefois Henri Guaino, sa plume. Quant au fidèle Brice Hortefeux, il était installé au côté de la porte-parole du candidat, Nathalie Kosciusko-Morizet, comme son double officieux. La foule, armée de drapeaux tricolores et de t-shirts de soutien pour les plus jeunes, a suivi le discours sans grande ferveur, même si Nicolas Sarkozy a été ovationné quand il a ciblé les contradictions du Parti socialiste, pointé les risques de l’immigration, cité le nom de François Fillon.
Pas de grandes envolées ni de longues improvisations : le président-candidat est resté la plupart du temps les yeux rivés sur son discours. Faute d’avoir choisi, comme Barack Obama et comme on aurait pu s’y attendre, un pupitre à vitres en plexiglas sur lequel défile le discours sans que le public s’en aperçoive. Beaucoup plus court qu’annoncé, il a zappé toute la dernière partie de son texte écrit.
Car pendant que six caméras filmaient le meeting, une septième, la polecam, remplissait un rôle spécifique.«Cette canne à pêche en carbone de six mètres de long survole la salle avec un traveling qui donne un effet de foule», explique un technicien. Un effet seulement.





